En 2023, près de 80 % des voyageurs internationaux affirment organiser leur séjour autour des expériences culinaires locales. Pourtant, les destinations les plus visitées ne figurent pas toujours parmi les capitales mondiales de la haute gastronomie.
Certains pays imposent des quotas pour limiter l’accès à leurs marchés alimentaires traditionnels, tandis que d’autres ouvrent leurs cuisines régionales à des chefs étrangers en quête de nouvelles inspirations. Cette dynamique génère de nouvelles alliances économiques, mais provoque aussi la résistance de certains acteurs locaux.
Le tourisme gastronomique, bien plus qu’une simple histoire de goût
Impossible aujourd’hui d’évoquer le tourisme gastronomique sans parler de quête de sens. Derrière chaque plat dégusté, c’est tout un territoire qui s’exprime. Les traditions, les savoir-faire, la mémoire collective : la table devient le miroir d’une identité. Cette approche du tourisme culinaire place la découverte de la gastronomie locale au centre du séjour, loin des parcours formatés et des clichés touristiques. La France, pionnière sur ce terrain, a vu le repas gastronomique des Français figurer au patrimoine immatériel de l’humanité grâce à l’UNESCO,preuve éclatante du lien profond entre culture et art de la table.
Mais le tourisme culinaire ne se limite pas à l’adresse d’un restaurant étoilé ou à la visite de marchés colorés. Il encourage le dialogue, la transmission de gestes ancestraux, l’innovation et la préservation d’un héritage vivant. Ateliers de cuisine, dégustations commentées, repas chez l’habitant, rencontres de producteurs : autant de formats pour se connecter à la réalité du terroir. Ce secteur, en pleine dynamique, répond à l’aspiration grandissante pour l’authenticité et les démarches responsables, en privilégiant les circuits courts et les produits locaux.
Pas de gastronomie sans vin : le gastronomique tourisme englobe naturellement l’œnotourisme. Chaque année, les vignobles français attirent des millions d’amateurs, venus savourer la diversité des cépages aussi bien que l’atmosphère unique des terroirs. L’essor du culinaire tourisme participe ainsi à la valorisation des régions, à la transmission d’un patrimoine vivant, et redéfinit les contours du voyage d’aujourd’hui.
Pourquoi la cuisine attire-t-elle autant les voyageurs aujourd’hui ?
La cuisine ne se contente plus d’accompagner le voyage : elle en devient le moteur, la raison même du départ. Les voyageurs veulent comprendre la vie locale, percer l’histoire d’un lieu à travers ses plats, ses gestes, ses rituels. Goûter une spécialité, c’est saisir l’esprit d’un territoire, et cette recherche de saveurs authentiques bouscule les anciennes manières de voyager.
La France, souvent citée comme capitale mondiale de la gastronomie, accueille chaque année 13 millions de touristes gourmands. L’impact financier est colossal : 247 milliards d’euros générés par la table française, qui séduit par la richesse de ses terroirs et le prestige de ses chefs. Les routes gastronomiques et l’œnotourisme invitent à sillonner les paysages à la recherche de produits d’exception et de savoir-faire uniques.
Le phénomène s’étend bien au-delà de l’Hexagone. L’Italie, le Japon, le Mexique, la Thaïlande, le Maroc ou le Pérou figurent parmi les destinations de référence. À chaque région, ses traditions culinaires : sushis et ramens au Japon, tacos et mole au Mexique, curry en Thaïlande, ceviche au Pérou, tajine au Maroc. L’envie d’expériences vraies, le plaisir de comprendre une culture par ce qu’elle met dans l’assiette, animent une nouvelle génération de voyageurs.
Des écoles comme Excelia Tourism School ou Sup de Luxe forment désormais les futurs professionnels du tourisme culinaire, preuve que la gastronomie devient un pilier du voyage à part entière.
Des expériences culinaires qui transforment chaque destination
Partout, les expériences culinaires redessinent le visage du tourisme gastronomique. La France, encore une fois, joue le rôle de laboratoire vivant. De la Bourgogne et ses vins d’exception à l’Alsace et ses marchés de Noël gourmands, chaque région invente son propre récit autour de la table. À Dijon, la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin attire les curieux venus comprendre ce qui relie patrimoine et innovation.
Le menu des découvertes s’est élargi : les voyageurs avertis cherchent des expériences qui vont au-delà de la dégustation. Ateliers de cuisine, visites de marchés locaux, repas partagés chez l’habitant… Les plateformes comme VizEat, Eatwith ou VoulezVousDiner facilitent la rencontre et l’échange, réinventant la convivialité. Cette proximité directe favorise la transmission orale, la sauvegarde des traditions culinaires et l’ouverture sur de nouvelles pratiques.
Voici quelques destinations françaises où la gastronomie s’impose comme une évidence :
- Bretagne : fruits de mer, crêpes, cidre brut
- Provence : herbes, légumes gorgés de soleil, vins rosés
- Vallée de la Loire : châteaux, élégance des vins blancs
L’œnotourisme attire chaque année 10 millions de visiteurs, générant des bénéfices majeurs pour les régions viticoles. Cette dynamique touche aussi l’hôtellerie, les services touristiques et la presse spécialisée. Le développement durable s’invite désormais à table, avec des circuits courts et des pratiques éco-responsables, sans sacrifier le plaisir du goût.
Envie de partager vos découvertes gourmandes et d’inspirer d’autres explorateurs ?
Diffuser ses expériences en tourisme gastronomique, c’est participer à la mise en valeur d’un territoire. Des chercheurs comme Jean-Robert Pitte ou Kilien Stengel le rappellent : la cartographie gourmande et les routes œno-gastronomiques dessinent une nouvelle manière de voyager, loin de la foule et des itinéraires convenus. Les forums, les réseaux sociaux, les plateformes d’échange alimentent cette dynamique. Racontons ce plat rare savouré en Provence, évoquons la rencontre avec un producteur passionné, partageons la découverte surprenante d’un fromage fermier dans le bocage normand.
Ces récits dépassent la simple recommandation : ils nourrissent la réflexion des décideurs locaux, enrichissent le patrimoine vivant et encouragent la transmission des traditions culinaires. Des organismes comme HomeToGo ou Atout France collectent et analysent ces pratiques, soulignant l’essor du gastro-tourisme et des séjours à taille humaine. Sur le terrain, la cheffe de table d’hôtes, l’œnologue, le guide ou l’artisan s’appuient sur ces retours pour affiner leur offre et renouveler l’accueil.
La France, forte de ses 10 millions de visiteurs œnotouristiques chaque année, reste un terrain d’aventure sans égal pour les curieux du goût. À chacun d’explorer, de décrire, d’alimenter la curiosité, de faire grandir la réflexion autour du développement durable appliqué au tourisme culinaire. Chaque récit, chaque partage, tisse un fil entre culture et gastronomie. Et si la prochaine grande découverte se cachait juste derrière la porte d’une ferme, au détour d’un marché, ou sur la nappe d’une table inconnue ?


